



« Allelujah bordel ! » : un coup de pied aux cultes ?
Décidé à prendre le taureau par les cornes pour bien les enfoncer dans ce consensus religieux qui régit nos existences parfois jusqu’à l’intégrisme, Jeremy Ferrari fait preuve d’une belle énergie scénique et d’un sens aigu de l’impertinence. Il est d’autant plus dommage que son spectacle pêche par manque de construction et ne soit pas plus drôle. Impression mitigée donc, comme quand on a la certitude d’avoir vu le brouillon de ce qu’on aurait pu voir…
Par Franck Bortelle
En discutant avec lui, on le sent prêt à mordre la scène à pleines dents sans se laisser avoir par la facilité dont certains de ses collègues ne se privent pas pour mieux réussir. A peine 24 ans, Jeremy Ferrari a la hargne du trublion et la jovialité de l’histrion, double casquette qui lui permettrait d’œuvrer dans cet humour caustique, aux aspérités sarcastiques et vachardes, trop souvent escamotées par les artistes eux-mêmes, ce qui les rend aussi tristement interchangeables.
La religion, quel beau sujet pour agrémenter un si noble dessein ! Jeremy Ferrari propose une lecture qu’il voudrait corrosive du culte, de tous les cultes. Une main sur le cœur et l’autre non pas sur mais dans la bible (au sens propre), il va fouiller devant nous les chapelets d’aberrations que ne manque pas de contenir ce sacré bouquin. Ancien et nouveau testaments vont ainsi en prendre pour leur grade. L’ensemble est plutôt drôle, bien balancé. De belles trouvailles vont ponctuer le propos. Jusque là tout va bien.
La première mouture du spectacle que nous avions vue il y a quelques mois ne laissait guère de place aux autres cultes, judaïque et musulman. Une réécriture a permis de plus ou moins rééquilibrer les forces mais sans gommer pour autant certaines faiblesses. Si le sketch du prêtre condamné à deux ans de prison demeure toujours aussi efficace, si certaines saillies ne manquent ni d’à-propos ni de drôlerie, ils sont quelque peu noyés dans un fatras, qui finit par reléguer toute la logique argumentative du sujet au second plan.
On sent pourtant dans cette prestation, qui sur le plan scénique pur tient parfaitement la route car on a à faire à un très bon comédien, qu’elle pourrait déboucher sur quelque chose de vraiment énorme et jamais vu. Un peaufinage de l’écriture s’impose donc, ainsi qu’une construction plus rigoureuse pour que l’implacabilité du discours épouse celle de la performance. Reste à savoir où Jeremy est prêt à aller avec un tel sujet, s’il veut vraiment balancer un mémorable coup de pied aux cultes…
A noter…
« Allelujah bordel » De et avec Jeremy Ferrari Théâtre du Temple 18 rue du Faubourg, 75010 Paris (Métro : République) Jusqu’au 28 février 2010 Mardi et mercredi à 21h30 Durée : 1h15 12-17€. Location : Fnac Spectacles, partenaire de CultureCie
Auteur : Franck Bortelle pour CultureCie.com

« Pouchkine » au Tambour Royal : Un goulag théâtral
Seulement homogène dans l’apathie à tous les niveaux, ce spectacle malhonnête dénature la réalité historique sans raison avec un texte pompeux et prétentieux que défend comme elle peut (et c’est peu dire, elle peut peu) une troupe de comédiens complètement hors jeu. Pauvre Pouchkine !






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