Annadrey : « tête à plumes » et règlement de contes
C’est un tempérament doublé d’une artiste complète, un brin féministe et franchement féminine qui électrise la scène des « Feux de la Rampe » en ce moment. Ça flingue à tout va et c’est tant mieux car c’est à mourir de rire ! Un vrai coup de cœur !
Par Franck Bortelle
Elle n’est plus une totale inconnue. Annadrey avec son nom bizarre, son look de Carmencita et sa langue verte trace sa voie. Après son passage très remarqué au petit théâtre du Bout il y a deux ans, elle a apporté quelques modifications à son show délirant qu’elle a d’ailleurs rebaptisé. Quelques chansons en plus, moins d’autobiographie. Mais toujours trois mots d’ordre : drôlerie, férocité, dérision. Quand on a un prénom pareil, on peut bien passer par le chapitre « Ne vous vengez pas sur vos gamins en leur donnant un patronyme à la con ». C’est évidement irrésistiblement drôle. A l’image des autres sujets qui vont passer par sa moulinette tels les effets de mode, les institutions ou les comportements de demeurés…
Et là, elle va dégainer sec. Et régler quelques comptes. Voire refaire ses contes. Perrault version Annadrey, ça vaut son pesant de pierres précieuses sur le diadème de ces truffes de Cendrillon, la Belle au Bois dormant et Blanche-Neige réunies, ces parangons de niaiseries pour fillettes sages…
Avec un zest de féminisme, ce mot qui fait si peur et dressé ici comme un étendard, la comédienne va asséner quelques vérités. Les mecs vont s’en prendre plein le pif, qu’ils soient « plus collants qu’une bande de cire sur une jambe de portugaise », ou chanteurs, qui ne peuvent s’empêcher de dénoncer ou se baladant avec un « sac à main qui fume » (comprenez : le curé et son encensoir insensé). Mais c’est à mourir de rire et plus encore parce que la comédienne n’hésite pas à retourner cette arme de l’humour contre soi. De l’autodérision, Annadrey en a plein les replis de sa robe de flamenco de chez Gautier (« Mouloud Gautier, de Barbès »). Et elle ne se prive pas d’en distiller, notamment dans les chansons dont elle ponctue son spectacle.
Eh oui ! Car en plus elle chante ! Et bougrement bien. Le delta de tessitures vocales est impressionnant. Chaque titre se love avec pertinence au milieu des sketches, assurant rythme et continuité parfaite à l’ensemble du spectacle. Tout en secouant le cocotier des conventions elle n’hésite pas à prêter le flanc à quelques harangues potentielles quand elle joue les ménagères parfaites pour dompter le mâle (« Viens dans ma cuisine » : un sommet !). Maniant le mot juste, le calembour et l’ambivalence sémantique, s’aidant d’accessoires délirants, elle livre un show magistral qui n’a aucun mal à sortir du lot. C’est intelligent, précis, travaillé. Mais surtout ça va plus loin que tous les spectacles que l’on peut voir en ce moment. Et c’est peut-être parce qu’elle emprunte des sentiers si rarement piétinés qu’Annadrey surprend et séduit autant.

Danse, chant, jeu, écriture : que lui manque-t-il donc ? Une vraie grande scène parisienne pour qu’elle balance un bon coup de fouet à la morosité ambiante…
A noter…
« Annadrey, tête à plumes »
Mise en scène : Jean-Luc Borras
Textes : Trinidad, Annadrey, Jérôme de Warzee
Musiques : Annadrey
Théâtre Les Feux de la Rampe
2 Rue Saulnier à 75009 - Paris (Métro : Grands Boulevards)
Les Lundis à 21h30 du 30 novembre 2009 au 29 mars 2010
Durée : 1h10
Réservations : 01 42 46 26 19 / lesfeuxdelarampe@gmail.com / Fnac Spectacles, partenaire de CultureCie
Site du théâtre : www.theatre-lesfeuxdelarampe.com
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