Antoine Lucciardi, un ovni au pays des one-man
Samedi soir, avec la semaine dans les pattes. Le soleil se couche de plus en plus tôt et le froid pointe un peu plus que le bout de son nez. Vaille que vaille, j’ai entendu parler d’un certain Antoine Lucciardi, un enfant du siècle des concessions, qui donne dans les confessions névrosées entre la Petite Loge Théâtre et le Bistrot Saint-Antoine. Brillant phénomène.
L’esquisse…
« La vie sous acides d'un perturbé congénital.
À sa naissance, il était déjà tellement vilain que la sage femme s'est pendue et qu'on a coupé les crédits à la maternité. Entre une mère fan de Francis Lalanne et un père serial taulard, il a construit sa vie autour du chaos. On a pourtant tout tenté pour le sauver. La Philatélie, l'anarcho-syndicalisme vociférant, le tutoiement des anges en école privée. Mais rien pour le récupérer. Jusqu'à ce que l'amour - et accessoirement les coups de latte de sa femme - ne laissent entrevoir un espoir. One man show teinté de slam et de chanson. Corrosif, gratte poil, décapant. »
La critique [adaptée] d’Adélie Gintrand…
Pour un vrai Corse on peut bien enfourcher son fidèle destrier 125 Vespa Noir - aussi dite « Beauté » - braver les attaques sournoises des bus, taxis et autres livreurs en goguette du week-end. Direction Bistrot Saint-Antoine, haut lieu de la nuit parisienne, où j’ai d’ailleurs découvert récemment le Cabaret des Z’Indépendants, dont je vous parlerai une autre fois, n’en déplaise aux impatients.
Antoine Lucciardi est seul en scène, et quand je dis « en scène », je parle de la salle du haut du bistrot, des chaises qui délimitent la scène, du rideau qui fait office de séparation entre l’escalier, qui descend en salle, et le public.
Rien de magique à disposition, pas de lumière, pas de régie, rien à part lui. Si jamais le spectacle ne fait pas le poids, toutes les conditions sont réunies pour une « prise de mur en beauté » qui pourrait se conclure par un « pur cassage de gueule ».
Et pourtant… il est des tours de force ! Antoine Lucciardi. Un Corse, oui, un vrai, enfin, du côté paternel. Un physique de « pas body buildé, parce que je le vaux bien », une gueule de « je me fais pas de coupe, et alors ». Un mec « pas bobo du tout, et je m’en fous ». Désenchanté comme un post-moderne, frustré comme un post-freudien, et qui connaît ses classiques, enfant d’un siècle post-romantique oblige. Le type raconte ses « Concessions d’un enfant du siècle ».
Musset est mort, enterré, adoré. C’est du texte, du slam, du théâtre, une chronique radio, c’est un peu tout ça, mélangé par ce drôle et « lutinesque » Antoine Lucciardi. Ses « concessions », c’est sa vie, son enfance, son adolescence, sa paternité, son métier : lui. Il nous fait tout parcourir, nous rappelant nos Barbes à Papa, nos premières fois, nos fous rires de gosses Carambar, nos bêtes noires de collèges période Bruel, nos profs de Lycées, et nos emmerdes de début de vie d’adultes…
Le mec écrit intelligemment, a de l’humour et dans ses petits papiers des formules improbables, dont certaines perles, sensibles et ironiques qui manquent dans le paysage des « seuls en scène ». Car Antoine Lucciardi lit, ça se devine ; manie la langue brillamment ; joue avec sa culture et ses références, et a même des opinions indignes des comptoirs.
C’était sa première, il démarre le 6 novembre à La Petite Loge Théâtre, et il faut aller le (re)voir !
A noter…
« Les Concessions d’un enfant du siècle »
De, par et avec Antoine Lucciardi
Le 21 mars 2009 à 21h
Au Bistrot Saint-Antoine
58 rue du Faubourg Saint Antoine 75011 Paris
Métro : Ledru Rolin
Entrée libre, participation au chapeau
Précédemment...
Tous les Jeudi, à partir du 6 novembre, à 21h30
À la Petite Loge Théâtre
2 rue La Bruyère 75009
Métro : St Georges (ligne 12)
Réservations : 01 42 82 13 13
www.lapetiteloge.asso-web.com
Samedi 22 novembre et 13 décembre à 21h
Au Bistrot Saint-Antoine
58 rue du Faubourg Saint Antoine 75011 Paris
Métro : Ledru Rolin
Entrée libre, participation au chapeau