



« Silence dans les rangs » : Pierre Mathues, du prof au comédien
« Si on confie l’éducation à des putes, faut pas s’étonner que tout parte en couilles » disait Miou-Miou à Depardieu dans le cultissime « Tenue de Soirée » de Blier. Bon, même si ce spectacle nous arrive de Belgique, pays où de toute évidence on ne badine pas avec l’amour du sarcasme et de la blague crue, le constat qu’il dresse ne prend pas cette direction-là. Mais une chose est sûre : c’est la Bérézina dans les milieux scolaires !
Par Franck Bortelle
C’est donc fort de son expérience de prof que Pierre Mathues, dans la peau d’un conférencier pédagogique, va nous livrer ses états d’âme sur ce merveilleux métier de la scène scolaire, tout en prodiguant quelques sages conseils aux éventuels futurs, actuels et anciens professeurs présents dans la salle.
De l’étymologie du mot « école » (« loisir d’apprendre » en latin, « arrêt de travail » en grec : ça ne s’invente pas) à la fondamentale étape de la rédaction du bulletin scolaire en passant par la lecture (et la compréhension !) des décrets pondus par le Ministère de l’Education nationale, ce prof devenu comédien va passer en revue tout ce qui fait le quotidien de ces dignes représentants du corps enseignant. Bien sûr, l’école n’étant plus ce qu’elle est, il sera question de cette sempiternelle baisse des niveaux, de cette déperdition de l’autorité et de la motivation. Avec les intonations du grand ordonnateur, le prêtre conférencier va livrer un prêchi-prêcha un peu inégal et surtout un peu trop sage.
Un prof un peu trop sage
Pierre Mathues ne nous cache pas son passé d’enseignant. Vingt ans à tenter d’éduquer des hordes de gamins, ça booste l’inspiration pour un spectacle sur le sujet. De toute évidence, et malgré la forte « belgitude » du propos (ce décalage qu’on aime tant chez les humoristes d’outre Quiévrain), on se prend à regretter que l’ensemble demeure trop souvent lisse et timoré, comme si l’auteur-comédien avait voulu épargner un système qui pourtant mérite amplement le coup de pied dans la fourmilière ! Coup de pied qui éveillerait peut-être certaines consciences, d’ailleurs.
Trop souvent politiquement correct, jouant plus de loufoquerie que de sarcasmes ou de cynisme, ce tour d’horizon qui ne fustige que l’aspect pédagogique du métier (et avec beaucoup d’à-propos) se perd dans un amalgame où se retrouvent un rap insipide et un exercice de cri de guerre (avant d’affronter les élèves) quelque peu poussif. C’est dommage car quand Pierre Mathues dénonce ce système qu’il connaît fort bien, il s’avère très drôle, corrosif et à l’image du trublion qu’on attend tout le long du spectacle. Mais comme il le dit lui-même, son but n’est pas de dézinguer mais de redonner un peu d’espoir à une corporation qui en a bien besoin. Et il est vrai que, ainsi considéré, son spectacle remplit parfaitement son office.
A noter…
« Silence dans les rangs »
De et avec Pierre Mathues Mise en scène : Jean-Louis Danvoye
Théâtre Les Feux de la Rampe
2 Rue Saulnier à 75009 - Paris (M° Grands Boulevards - Parking Montholon). Tél. : 01 42 46 26 19 Réservations : lesfeuxdelarampe@gmail.com / site web : www.theatre-lesfeuxdelarampe.com et www.silencedanslesrangs.be / Fnac Spectacles, partenaire de CultureCie
Tous les dimanches à 18h, jusqu'au 28 mars 2010 Durée : 1h
Auteur : Franck Bortelle pour CultureCie.com

« Pouchkine » au Tambour Royal : Un goulag théâtral
Seulement homogène dans l’apathie à tous les niveaux, ce spectacle malhonnête dénature la réalité historique sans raison avec un texte pompeux et prétentieux que défend comme elle peut (et c’est peu dire, elle peut peu) une troupe de comédiens complètement hors jeu. Pauvre Pouchkine !






|